[1] dessin (crayon sur papier) 80x100cm – 2007, [2] installation, technique mixte – 2008
 
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Alexandra Pellissier [1] Sans titre, [2] Fontaines
[1] dessin (crayon sur papier) 80x100cm – 2007, [2] installation, technique mixte – 2008
Alexandra Pellissier

née en 1981
ENBA Lyon 2004
vit et travaille à Marseille
alexandra.pellissier@gmail.com
06 61 20 80 65
Galerie Bonneau-Samames

Expositions (sélection) :
2008 : Lieux communs, 3bisf, Aix-en-Provence (exposition personnelle)
2007 : Julien Berthier, Alexandra Pellissier, Cédric Ponti, Galerie Bonneau-Samames, Marseille
 

A travers une installation et une série de dessins, Alexandra Pellissier nous emmène dans deux dimensions de son travail de construction et de mise en scène. Dans les deux cas, elle crée des espaces fictifs ayant l’apparence d’un réalisme revendiqué, ou du moins témoignant d’une appartenance à une certaine réalité. La subtilité de son travail réside dans la matérialisation de la zone de doute qu’elle suscite, crée et entretient.

Les trois objets présentés sont des fontaines qui fonctionnent en circuit continu. Elles semblent avoir été habitées, traversées le long de leurs voûtes et tunnels souterrains, contenir encore d’autres passages tenus secrets. On reconnaît dans ces fontaines des éléments préexistants, issus de constructions réelles, qui accentuent l’aspect de maquette que peuvent avoir ces trois installations en série. Dans leurs formes baroques s’entremêlent des morceaux d’escaliers, de toboggans et de rampes, des bouts de labyrinthes, des portes dérobées, et même des chausse-trappes. Le regard y accède par des coupes longitudinales qui suggèrent une possibilité de circulation interne. L’eau est le seul flux qui les anime et leur donne un statut immédiat de fontaines. Les couleurs utilisées sont celles de la gamme aquatique des revêtements de piscines, de bassins publics. Mais il semble au final que ces sculptures, ces réceptacles architecturaux de réalité, accueillent en leur sein bien plus que la circulation d’un filet ininterrompu d’eau courante. De ces monuments miniatures jaillit une vivacité qui s’exprime formellement par le fourmillement des éléments et des références dont ils ont été constitués.

Présentés en écho aux fontaines, on découvre des dessins, dont une série réalisée à partir de photos de cages vides prises au zoo de Berlin, d’une virtuosité et d’une habileté d’exécution qui attirent l’œil et l’attention. La pratique du dessin fonctionne alors comme un filtre, qui ne déforme pas, mais agit sur ce qui est représenté. Un jeu sur l’échelle en constante variation apporte aux dessins d’Alexandra Pellissier leur capacité d’évocation d’une réalité réinventée ou réinterprétée - pas tout à fait tangible. Le subtil décalage entre ses compositions, ce que l’on y reconnaît ou croit en reconnaître, et la réalité - dont elle s’est pourtant inspirée pour les réaliser, mais à quel degré ? - donne à ses dessins leur mystère et leur existence propres. Un grand dessin figure à côté de cette série, réalisé à partir de plantes en plastique utilisées pour décorer les aquariums, de morceaux de maquettes ou d’objets. Tous ces éléments sont réunis en compositions minutieusement pensées et agencées par l’artiste, qui nous présente des scènes à la temporalité incertaine. On y découvre des lieux, des éléments végétaux qui peuvent avoir l’air figés, en attente d’une animation, ou ayant été récemment vidés de tout élément de vie. Il s’en dégage une poésie silencieuse, un calme diffus. Les dessins d’Alexandra Pellissier peuvent apparaître comme autant de vitrines, d’invitations à découvrir des espaces qui ne livreraient pas l’ensemble de leurs clés de lecture visuelle.

Qu’il s’agisse d’installations ou de dessins, Alexandra Pellissier construit des lieux, propose un accès à des endroits dont la capacité d’évocation se situe sur un registre au référentiel a priori familier, mais toujours repensé et reformulé. La véracité des éléments qui les configurent et les constituent passe par une réalisation plastique directe et efficace, sans détour de fabrication. Cette dernière traduit un plaisir du faire dont résulte une adéquation entre le geste et les propositions avancées, et dont est empreint l’ensemble de son travail, dans ses différentes directions.

Guillemette Naessens