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Mathilde Supe space|space2015
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Hors-Champs, 2012, vidéo HD, 8mn
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Announcements, 2014, installation vidéo, 7 écrans synchronisés, ENSAPC
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Sous le toit d’un manège équestre se déroule un ballet de pinceaux à maquillage et de prises de notes, d’attentes et de négociations. Un projecteur passe, le point se fait. Il va pleuvoir. Il pleut. Le pointeur se poste face caméra… nous sourit. Est-ce bien orthodoxe ? Une femme semble parfois jouer à l’actrice.

Difficile a priori de dessiner les lignes d’une pratique artistique inaugurale ; cependant, si Mathilde Supe n’est qu’à l’esquisse de son œuvre, les traits en sont déjà fortement prononcés. Assistante décorateur sur les plateaux de cinéma sitôt après avoir obtenu son baccalauréat, c’est dans un souci d’accessoiriste perfectionniste qu’elle entre à l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts Paris-Cergy, pour se former à la création de décors. Son parcours exécute alors une courbe harmonieuse car c’est un tout autre type de montage qu’elle y apprend ; celui de la vidéo. Alors qu’elle travaille sur le tournage d’un film de Patricia Mazuy où opère Caroline Champetier, la directrice de photographie ayant mené la profession à son excellence, le désir se fait d’un film réalisé avec les chutes, found footage au clair obscur caravagesque. Droits à l’image oblige, le projet est avorté. Pugnace, Mathilde Supe ne se décourage pas : elle rejouera tout puisqu’elle avait tout noté, méticuleusement.

Documentaire ou mise en scène d’un tournage, Hors Champ est assurément un film sur un film qui s’accomplit. A l’encontre de son titre, tout ce qui n’est pas sensé apparaître est ici ajusté, cerné. Nous n’y discernons ni héroïne ni narration linéaire, mais une chorégraphie de bras tendus, de doigts pointés, de textes répétés, de mesures calculées et de blush apposés. Se profile alors le souvenir du visage de Truffaut surgissant au « coupez ! » de la Nuit Américaine… Ici pourtant nous n’entendrons jamais une parole : si le point se fait sur un visage, le son nous mène quant à lui hors du cadre. Gazouillis d’oiseaux, son de pluie, bourdonnements de machines agricoles éloignent notre regard : nous ne sommes apparemment jamais à portée de voix.

Projet autotélique, centré sur la production des images avant qu’elles ne s’offrent au spectateur, Hors Champ semble n’avoir pour but que le cinéma, étendu jusqu’entre les prises, jusqu’au clap final - sur lequel nous lisons : « Hors Champ, séquence C(15), prise 1A, octobre 2011. » Nous en doutions un peu.

Deux ans plus tard, Mathilde Supe assiste Keren Cytter sur un tournage catastrophe, et relate l’aventure dans ce qui ressemble à un journal de bord : Keren Cytter doesn’t like to share (2013). Ce livre a non seulement lui aussi les coutures de la réalisation pour paysage, mais en outre l’expression y est cinématographique.

Impossible de délier les deux pratiques : l’écriture se pressent avec l’apprentissage du montage, cette étape décisive où le scenario s’éclate, et où tous les films que l’on aurait pu faire deviennent ceux que l’on ne fera pas. Rapide, hachée, incisive, Supe décrit New-York comme elle le ferait une caméra à la main, anticipant les instants de suspense, décrivant les différents plans.

« Rampes de parkings, chaînes de remorqueurs… derrière les docks une grande lueur illumine le ciel. Noir à nouveau, crissements, la pression se fait plus forte. »

Ainsi ses films sont muets et ses livres bavards, mais ni l’un ni l’autre ne sont démonstratifs ; ils suggèrent, supposent, évoquent. À nous de prendre le temps de relier les éléments offerts lorsque la narration se rompt, se tend puis se resserre. Les images remplacent les mots, quand ce ne sont pas ces derniers qui créent les premières. Qu’importe, Mathilde Supe déambule entre eux constamment, et nous avec elle.

Sophie Lapalu
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Contact :
www.mathildesupe.com
 
 
 
 
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